Thursday, May 22, 2008

Update

Please be in the lookout for our upcoming analysis on the current financial crisis.

Do you think a US financial crisis will impact Haiti? If yes, in what extent?

Regards,

HO-

Actualités du 22 Mai

Bonjour!
C'est la fête Dieu! Ce Jeudi 22 Mai 2008 marque aussi le lancement de la plus grande foire du livre d'Haiti. Des milliers de titres sont en vente en cette heureuse occasion. Pour être précis, Mille Quatre Cent & Neuf (1409) titres sont en vente, une soixante d'auteurs en signature et des milliers de visiteurs sont attendus. Cette foire du livre est organisée par la Unibank et le journal Le Nouvelliste. Il s'agit de la 14ème Edition et prendra place au Parc Historique de la Canne à Sucre, en Plaine.
Autres nouvelles:
Le Président haitien a rencontré pour la première fois des députés de la CPP. Ce regroupement d'une cinquantaine de députés issue de partis et groupuscules divers, en fait semble controler l'agenda de la Chambre Basse. Il est à rappeler que le Président doit désigner un nouveau Premier Ministre apres que la Chambre des Députés, les membres du CPP en particulier, ait rejeté sa désignation de M. Ericq Pierre à ce poste.
A noter que le barril du brut a atteint un nouveau record de $135/ par barril après que des inquiétudes persistent sur la capicité des pays producteurs à répondre au niveau elevé de la demande ( en Asie). Interrogés hier matin au Congrès Americain, les pricipaux responsables des compagnies pétrolières n'ont fourni aucunes explications sur les causes de cette envolée continue des prix et se sont abstenus à faire de prévisions.
Bonne Journée,

HO

Wednesday, May 21, 2008

Actualités du 21 Mai

Bonjour!
Haiti parmi les pays les plus violents au monde. J'ai souri en lisant l'article publié sur l'agence en ligne www.alterpresse.org . J'ai souri n'ont par sadisme mais par dépit. Je suis dépitté par cette décente aux enfers sans fin. Alors que nous enrigestrons des records peu enviables dans les domaines de l'insécurité, pauvreté et corruption, les responsables du pays semblent vivre dans une autre planète. Ils ne savent pas ce qui se passe, les rumeurs de la rue n'atteignent pas les espaces hermetiques du politicien haitien.

Autres mauvaises nouvelles: La stabilité politique en Haiti est sous menace selon M. Préval.
Vous parlez de plaisanterie de mauvais gouts. Le président a fait ces déclarations le 18 Mai, 2008 lors de la triste célébration de la fête du Drapeau. C'est comme ci le Président revenait d'un sommeil profond et agité. Haiti, stabilité? En fait il a raison. Le seul fait qu'il soit toujours au palais national dénote une certaine stabilité. Sinon... ?

Continuez à nous lire et postez vos commentaires, analyses et suggestions.

Bonne Journée,
HO

Petit Mémo contre la Pensée Unique

Par Frandley Denis Julien

C’est parce que j’ai vécu l’époque où le fait d’être anti-Aristide pouvait conduire à l’échafaud, qu’aujourd’hui je n’ai pas peur d’affronter la pensée unique en ce qui a trait aux forces devant assurer la sécurité nationale. Si les journées de terreur que connaît Port-au-Prince depuis un certain temps sont en train de mettre à nu les faiblesses de la Police Nationale, tout en constituant un éloquent plaidoyer pour les Forces Armées d’Haïti, il n’en demeure pas moins vrai que des secteurs vitaux de la vie nationale sont viscéralement opposés au rétablissement de fait de l’institution militaire qui existe encore de droit. Dans certains milieux, la lutte contre l’Armée prend des proportions inimaginables.

I- Brève typologie du mouvement anti-militariste


Le mouvement anti-militariste recrute ses ténors dans différents secteurs, et pour des raisons diverses. Il y a:

a) Ceux qui ont été victimes des abus de l’Armée, et ceux qui, en bon citoyens, sont révoltés par les torts causés par l’institution militaire au pays.

b) Les groupes qui, par conviction idéologique, affiliation internationale, doivent être anti-militaristes, et ceux qui, parce qu’ils avaient cautionné la décision inconstitutionnelle d’Aristide, n’ont pas le courage et l’honnêteté intellectuelle de faire leur mea culpa.

c) Les bandits et délinquants en col blanc qui voient l’Armée comme un obstacle au fonctionnement de leurs propres cellules mafieuses.

d) Ceux, enfin ― les opportunistes ― qui pensent qu’il est aujourd’hui politiquement suicidaire de ne pas être anti-militariste.

II- Les arguments de la mouvance anti-militariste

Le front du refus de l’Armée est desservi par un argumentaire souvent spécieux, qu’il ne peut exposer sans remettre en question notre capacité en tant que Peuple de nous organiser tout court.

L’argument supposé massue est que l’Armée a fait trop de torts au pays. Mais il se trouve que la Présidence aussi a fait beaucoup de mal à ce pays ; faut-il abolir cette institution pour autant ? Peut-on le faire sans nous remettre en question de manière globale, ou ne devrions-nous pas plutôt prendre le temps de mieux concevoir nos institutions ? La Police Nationale a beaucoup dérivé elle aussi, pendant qu’on y est. On n’a qu’à lire les derniers rapports la concernant, de la NCHR. Faut-il l’abolir pour autant ? Faut-il abolir le Conseil Electoral parce que les conseillers actuels se coupent l’herbe sous le pied comme s’ils allaient eux-mêmes aux élections l’un en face de l’autre, et que leurs prédécesseurs depuis 1995 nous ont roulés dans la farine ? Ces errements institutionnels sont symptomatiques de nos improvisations et de notre amour du confort intellectuel. Nous devons concéder à solliciter plus souvent nos neurones, lorsqu’il s’agit de mettre en place nos institutions.

Le deuxième argument utilisé par nos amis les anti-militaristes est que face à l’armée dominicaine, nos 7000 hommes ne représentaient rien. Cela est une négation de beaucoup de paramètres importants, dont :

a)Le rôle social de l’armée

b)Le caractère dissuasif de l’existence de l’institution militaire, indépendamment de son effectif.

c) Les avantages comparatifs liés à la connaissance du terrain en cas d’invasion.

Si cet argument tenait, le Mexique aurait déjà aboli son armée qui ne pourra jamais, en terme d’effectif, tenir la comparaison avec les forces armées américaines.

Le troisième argument est que l’Armée est budgetivore. Si l’on tient compte du rôle de la sécurité dans le développement aujourd’hui, on conviendra que l’absence d’une force adéquate de sécurité coûte plus cher encore à l’Etat. Lorsque le moment viendra de lancer pour de bon ce pays sur la voie du développement, les investissements seront tellement importants rien qu’en matière d’énergie, qu’on ne pourra ne pas pouvoir compter sur une force sure pour les sécuriser. En dépit de leur présence en Irak, les Américains ont dû avoir recours à des compagnies privées de sécurité pour protéger certains sites stratégiques.

III- Scénarios de crise

a) Sous le gouvernement d’Aristide, Guy Philippe et ses hommes ont pu, en dépit de l’existence de la Police Nationale, traverser la frontière comme on entre dans un moulin, importer des armes de guerre, et occuper le plus clair du territoire national, jusqu’au départ du tyran. Ils l’ont heureusement fait pour la bonne cause. Mais quelle force, à l’avenir, pourra dissuader n’importe quel groupe de bandits d’en faire autant contre un bon gouvernement ?

b) Dans le contexte mondial actuel, une guerre ouverte avec la République Dominicaine demeure très improbable. Cependant, ce même contexte rend imprévisibles les actes que peuvent poser les Etats et les grands groupes économiques dans le cadre de la concurrence commerciale. Quelle force pourra empêcher que les Dominicains ( Etat ou groupes économiques ), commanditent des opérations de bousillage contre des objectifs stratégiques ( énergie, communication, installations commerciales et industrielles), via des mercenaires locaux ? Surement pas la PNH.


L’Armée d’Haïti telle qu’elle était à sa dissolution en 1994, ne répondait pas aux exigences d’un Etat désireux de connaitre la démocratie et le progrès véritables. La plupart de ses soldats sont incapables d’intégrer une force véritablement disciplinée, hiérarchisée, respectueuse de la loi et prête à se soumettre au leadership du pouvoir civil. Je ne prône aucunement le rétablissement des Forces Armées telles qu’elles étaient, avec les mêmes hommes. Cependant, nous devons nous rendre à l’évidence qu’aujourd’hui, il nous faut, en dehors de la Police, instituer une autre force armée qui puisse défendre l’intégrité du territoire, faire régner l’ordre et la stabilité, protéger la production nationale. Qu’elle soit une Garde Nationale ou un Armée, cela importe peu, pourvu qu’elle réponde aux besoins de la Nation en matière de sécurité et de stabilité.

Il y a une tendance de plus en plus forte allant dans ce sens depuis le début des événements de l’Opération Bagdad. Malheureusement, certains groupes et personnalités très écoutés, de peur de ne pas s’attirer les foudres des tenants de la pensée unique, utilisent des périphrases embarrassées ou des formules allusives pour parler du rétablissement de l’institution militaire. En en parlant à demi-mot, nous risquons de n’avoir que des solutions au rabais. Le destin d’une Nation se joue parfois à travers les prises de position d’hommes et de femmes qui décident d’aller à l’encontre de la pensée dominante du moment, assument leurs opinions, et s’en remettent au jugement de l’Histoire.

Sunday, January 7, 2007

Cri du Coeur

Les inquiétudes qui entourent la reprise des classes nous font oublier les rudiments de bienséance. Bonne Année à chacun d'entre vous! Et oui, l'année vient à peine de commencer mais les jours se ressemblent tellement qu'il est difficile de croire à aucune forme de changements, même du temps. Serait-il trop demander à 2006 d'accompagner avec elle nos vieux démons? Nous sommes tous à nous poser les mêmes questions: qu'en sera-t-il de 2007? De nos nombreuses résolutions, de nos souhaits et de nos projets?

A HaitiOpinions, on aurait aimé débattre d'autres sujets outre kidnappings, rapts, assassinats. Il nous aurait plu d'aborder des thèmes tels que la croissance, la politique économique, la diplomatie, l'environnement, l'éducation et les politiques d'investissement. Nous aurons tant aimé que notre pays soit "normal" pour lequel "planification" ne serait plus un vain mot et lendemain ne serait plus synonyme de cauchemars et de sourires crispés.

Notre auteur est une jeune mère de famille, elle n'a pas voulu dévoiler son nom, elle tenait toutefois a donner ses impressions sur la situation de son pays. Elle déplore, elle implore. Elle veut agir et refuse de baisser les bras ou d'abdiquer. Elle nous présente sa colère et son Cri du Coeur...Bonne lecture.

Cri du Coeur (Auteur Anonyme)

Je suis une jeune d'Haïti, de 24 ans, mère d'un enfant de 2 ans. Mon mari et moi avions décidé, à tort peut-être, de ne pas mettre notre fils à l'école cette année, pensant qu'il serait plus en sécurité à la maison et à l'abri des rapts quotidiens de la capitale.

Quelle ne fut pas notre surprise de voir que nous nous étions trompés et grandement!! Des enfants sont maintenant arrachés à leurs parents à l'endroit même ou nous sommes supposés nous sentir le plus en sécurité : notre sanctuaire, notre "chez nous".

Nos familles respectives nous poussent à partir et à quitter le pays, ce pays que nous aimons tous les deux et que nous voulons servir envers et contre tout mais avons-nous le choix???

NOS ENFANTS sont visés maintenant. Ces êtres si doux, si innocents et pour lesquels nous donnerons tout pour qu'ils soient protégés et épargnés.

NOS ENFANTS sont tués maintenant, malgré le versement de rançons des fois très élevées pour leur libération.

NOS ENFANTS vivent dans la peur maintenant chaque jour et refusent parfois de se rendre à l'école.

NOS ENFANTS....

Vous qui lisez ce message, vous connaissez sans doute quelqu'un qui a déjà souffert de ce mal terrible. Nul n'est épargné ces jours-ci, et peut-être que demain ce sera vous.... ou moi.

Que Dieu nous protège mais Dieu a dit « Aide toi et le ciel t'aidera ». Que faisons-nous pour nous entraider et pour aider nos enfants ?

Nous sommes les jeunes de ce pays et son avenir. Nous sommes les têtes pensantes et les seuls capables de prendre les décisions qui s'imposent.

Allons-nous continuer à marcher tête baissée et à être des victimes ?


Allons-nous entamer la nouvelle année dans la même atmosphère?


Ne tolérons pas ce « gouvernement » insensible à notre douleur dans ses négociations avec « SES ASSASSINS ». Nos enfants meurent, nous mourrons et ils "négocient".


Ou sont leurs enfants à eux ? Tous à l'étranger sans doute pendant qu'eux ils circulent en blindés et entourés de gardes du corps. Comment peuvent-ils nous comprendre Nous ?


Obligeons le gouvernement à prendre SES responsabilités ou à partir ! Ils ont payé généreusement pour cela.


N'exposons plus nos enfants !!

Ne nous exposons plus, nos enfants ont besoin de nous, notre pays a besoin de nous!

HAITI REVEILLE TOI ET BATS TOI.

HAITI AUX HAITIENS ET NON A CEUX QUI HAISSENT LES TIENS !

Une jeune qui aime son pays

Thursday, November 30, 2006

Carte d'Identité

Chers amis, nous nous permettons de vous soumettre cet article de Dany Laferrière paru dans le principal quotidien québécois, La Presse, le 29 octobre dernier. Au moment où beaucoup d’entre nous ont quitté -ou songent à quitter- Haïti, Dany pose à sa manière les problèmes d’identité et d’intégration auxquels font face beaucoup de nos compatriotes que ce soit à Miami, New-York ou encore Montréal. Ce texte est d’autant plus pertinent que plus d’uns peuvent s’interroger sur les liens existants entre cette incapacité des sociétés du Nord à intégrer ces jeunes dans leur structure sociale et cette insécurité quasi permanente qui sévit à Port-au-Prince. Il importe de remarquer que ce même phénomène-gangs de jeunes, groupes d’adolescents ayant souvent recours à la violence- a été observé dans le Conté de Miami Dade en Floride ; où plus de la moitié des mineurs incarcérés sont d’origine haitienne. Qu’est ce qui est en train de nous arriver ? Pourquoi en sommes-nous tombés ci bas ? Quelles seront les conséquences de ces violences inconsidérées sur notre héritage collectif ? Opinez librement et que vos propos éclairent la voie de notre resurrection !

N.B. Pour ceux qui ne connaissent pas très bien le contexte montréalais, les quartiers de Saint-Michel et de Montréal-Nord sont deux arrondissements à forte population haïtienne de la ville de Montréal. De nombreux jeunes de ces quartiers font partie de ces « gangs de rue » qui font souvent l’actualité du crime au Québec.

Par Dany Laferrière, La Presse de Montréal 29 octobre 2006

J'ai tout fait pour éviter ce débat, celui des « gangs de rue ». Ce n'est pas mon affaire, me suis-je dit. Des crimes sont commis, alors on applique la loi. Et la justice est aveugle, c'est-à-dire qu'elle ne voit ni la couleur, ni la race, ni la classe, ni la religion. C'est le contrat qu'on a signé collectivement. Ce qui fait que je ne me suis pas intéressé à l'affaire des « gangs de rue », comme je ne me sentais pas particulièrement concerné non plus par les frasques des Hells Angels. C'est à l'État de faire son boulot : surveiller et punir (Foucault). La prévention doit jouer un rôle aussi, je crois. C'est écrit en face de moi, sur un carton : « Ne te crois pas obligé de prendre part à tous les débats de société. » J'étais tout fier de moi, car j'avais déjà évité le débat sur le racisme lors de l'affaire du Dr Mailloux (pas un mot). Et là, celui des « gangs de rue ».Et peut-être même, avec un peu de chance, celui de la représentativité des minorités dans les partis politiques québécois. Trois débats en ligne. Nous sommes sept millions de citoyens et tous responsables de notre vie collective. Alors chacun son tour.

Dans le quartier Saint-Michel. Un petit groupe de six jeunes en train de causer devant le dépanneur. Une voiture de police ralentit - on sait qu'elle va repasser. Que doivent bien penser les policiers en voyant ces jeunes glandeurs ? Comment les distinguer quand ils marchent, parlent, mangent et sont tous habillés de la même manière ? La situation est devenue malsaine depuis un moment à cause d'une bande de voyous qui vendent de la drogue, tuent et exploitent leurs propres soeurs. Les journaux ne se gênent plus : on parle carrément d'Haïtiens. L'expression « gang de rue » veut dire « haïtien » et non « association de malfaiteurs». Aujourd'hui, il n'y a plus d'autres voyous dans les rues de Montréal que les jeunes de Montréal-Nord ou de Saint-Michel. C'est devenu une exclusivité. On dirait qu'ils ont inventé le fait de se mettre en groupe pour opérer de manière criminelle. On se demande où sont passés les skinheads. Les Hells sont-ils devenus des anges? Je ressors du dépanneur avec un journal sous le bras.

Dis-moi, Dany, es-tu un Québécois ou un Haïtien me demande l'un d'eux en rigolant.
La question-piège. Pourtant, elle aurait dû être simple pour quelqu'un comme moi, qui vit au Québec depuis 30 ans. L'écrivain Émile Ollivier répétait à l'envi : « Je suis Québécois le jour et Haïtien la nuit. » Je sentais que je n'allais pas m'en sortir aussi facilement.
Pourquoi cette question ? je fais.
Subitement, six visages froids.
Tu es né en Haïti, et malgré tout on te considère comme un écrivain québécois. Nous, on est nés ici et on est des Haïtiens. Comment expliques-tu ça?
Long moment de silence.
Si tu es québécois, c'est que tu nous as laissés tomber, ajoute un autre avec un sourire.
Parce que si on écrit dans le journal que nous sommes haïtiens, c'est qu'on ne veut pas de nous comme Québécois.
Je sentais une rage profonde derrière ce sourire.
Oui, mais c'est vous-mêmes qui vous identifiez parfois comme Haïtiens. Rigolade générale.
Il faut bien qu'on soit de quelque part. Mais je vois que tu es déjà passé de l'autre côté, crache avec mépris celui qui semblait le plus en colère.
Un autre, un peu plus âgé, intervient tout de suite.Laissez-le. Ne l'embêtez pas avec ça. C'est pas son problème.
Dans la voiture, je me suis demandé si c'est vrai que ce n'est pas mon problème. Leur problème d'identité fait problème à mon identité. Et le Québec aussi a un problème de définition. Qui est québécois, alors ? Parce qu'on ne peut jouer ainsi avec la question identitaire, surtout quand on sait ce qu'il a fallu de combats pour que le Québec passe de Canada français à Québec. On semble oublier que, en touchant à une brique, on risque de faire s'effondrer tout l'édifice identitaire. Ces jeunes garçons de Saint-Michel posent un problème grave qui pourrait remettre en question des années de dur labeur.
Y-a-t-il un intellectuel dans la salle pour répondre à leur interrogation - et à la mienne ? Laquelle ? Je martèle alors : comment se fait-il que, né en Haïti, je puisse devenir écrivain québécois à part entière, alors qu'eux, nés au Québec, sont encore identifiés par les médias comme des Haïtiens ?

Une dame du quartier m'a confié (en créole) : Chaque fois que je vois un attroupement à la télé, mon coeur s'arrête de battre. Je me dis qu'il s'agit sûrement d'un crime. Je prie pour que ce ne soit pas un de nos jeunes. Et si j'entends le mot « haïtien », je prie alors pour que ce soit lui la victime. Je préfère cela.C'est vrai qu'aujourd'hui, dès qu'un crime est commis à Montréal, on attend avec impatience, dans certains quartiers, que les médias dévoilent la « nationalité » du meurtrier. Et quand ce n'est pas quelqu'un de sa communauté, on retourne à ses affaires.Le tissu social s'est effrité à ce point-là. Quand les gens d'une ville ne se sentent pas liés entre eux, ils s'entretuent plus facilement.